D'abord, commençons par une frustration que je dois évacuer :
Nous avons écouté l'émission Tous Pour Un à Radio-Canada sur le thème de Passe-Partout. Convaincu que j'étais un plus grand connaisseur sur le sujet que mes deux plus jeunes colocs, Mat et Mélanie répondent à presque toutes les questions et moi si peu. Même les plus détaillées comme le numéro de la plaque d'immatriculation sur le tracteur de Fardoche. J'applaudis, ils sont presque meilleurs que la concurrente. Ils sont vraiment excellents, je m'incline à leurs connaissances.
MAUDIT DÉCALLAGE HORAIRE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
En effet, pendant que je me faisais à souper à 18h, la mère de Mélanie au Québec à 20h au Québec écoutait l'émission et écrivait toutes les réponses jusqu'à 21h. Mélanie l'a appelé à notre 19h à nous et a écrit toutes les réponses sur une feuille qu'elle a inséré dans un gros livre qu'elle faisait semblant de lire. Quand notre 20h à nous est arrivé, le beau poisson de la génération Passe-Partout que je suis a eu l'air pas mal fou. Surtout que Mélanie avait mentionné qu'elle avait passé son enfance au Manitoba et qu'elle avait écouté peu d'émissions.
Enfin, je les félicite pour leur sérieux et d'avoir pu conserver leurs réactions et observer les miennes sans rire pendant une heure. Quand j'ai su la vérité, une belle image de poisson a remplacé ma tête toute entière.
Le plus long raccourci du monde (Jour 1)
Vendredi, 16h. Je viens de terminer l'école, je me dépêche car nous partons faire du ski dans les Rocheuses. Direction : Sunshine, Banff. Mélanie et moi sentons la pression de Mat Bross qui nous dépêche afin d'arriver le plus tôt possible à notre chambre d'hôtel. D'ailleurs pas le temps d'arrêter manger en route, ils ont préparé des sandwichs que nous avalerons en chemin. Notre parcours : Edmonton-Calgary (3h) et Calgary Banff (1h15). Donc, nous espérions y être vers 21h.
Mat avait regardé sur la carte de l'Alberta et semblait convaincu que Mapquest se trompait. Selon lui, c'est plus rapide de couper par Red Deer et se rendre par Rocky Mountain House et de descendre par la route des glaciers. C'est peut-être beau de jour, mais de soir, il n'y a pas grand chose à voir. C'est noir foncé dans ce coin là. Voyant qu'on était encore loin après une heure de route et surtout ne voulant pas avouer qu'il était dans le tort, Mat Bross prend son cellulaire et appelle sa mère pour qu'elle aille sur Mapquest vérifier combien de temps encore il nous restait à prendre la route des Glaciers. N'aillait plus de munitions, il s'avoue vaincu devant notre obstination, mais il est trop tard pour rebrousser chemin.
22h30, nous arrivons un peu écœuré à l'hôtel. J'ai faim en plus, mon sandwich est loin d'aplomb. Mat, pour se faire pardonner, nous invite à souper en disant qu'il payait la bière. Nous choisissons le restaurant Earl's de Banff. Cette chaîne de restaurant est réputée pour bien sélectionner ses serveuses, pas nécessairement habillés sexy, mais surtout de belles filles avec beaucoup de classe.
Mon anglais est bien, mais j'avais de la difficulté à comprendre son accent pour le menu. Mélanie dit qu'elle doit venir de l'Australie ou la Nouvelle-Zélande. Mat provoque Mélanie en lui disant qu'il le demanderait à notre jolie hôtesse et que si elle se trompait, elle payait le souper de Mat aussi. Bonne joueuse, elle lui demande s'il lui laisse deux choix. Mat accepte, alors elle change Nouvelle-Zélande par Angleterre. Mat convaincu de se faire un bon souper demande ladite question : 'I'm from England' dit-elle avec son accent fort charmant. Furieux, Mat place quitte ou double sur la ville de l'Angleterre ou celui qui est le plus proche. Trouvant le moment cocasse, j'embarque dans ce pari. Fan des Beatles comme je suis, j'opte pour Liverpool. Mat aime bien le club de soccer Manchester United et fait sur choix sur Manchester. Mélanie est certaine qu'elle ne vient pas de Londres et elle choisit une ville que je n'aurais jamais choisie avec Leeds. Mat fait revenir notre belle shakespearienne et lui demande cette fois la ville d'où elle provient ou encore la ville la plus près de l'un de notre choix. 'I'm from Leeds'. Quoi ?????????? Nous regardons Mélanie, moi impressionné et Mat en furie. Nous avons gagé pour le plaisir toutes les questions qui nous venaient en tête : son âge, son état civil, etc. et chaque fois Mélanie était trop forte pour nous et cette fois, je ne pouvais pas accuser le décalage horaire...
L'imperfection de cette journée ? Le plus long raccourci du monde, comme on dit en anglais : The longest shortcut ever !
World Cup Downhill et la vallée (Jour 2)
Le wake-up call a fait son cri stident à 6h30 à notre chambre. Un peu débiffé de la veille, nous avons végété une heure au lit pour finalement décoller vers 8h pour être au bas de la pente de la plus belle station de ski de Banff : Sunshine. Un centre de ski composé de 4 montagnes dont le sommet le plus haut est situé à 2837 mètres (ou 9300 pieds) et qui contient 107 pistes skiables. Si je dis skiable, c'est qu'il y en a pour tous les niveaux, en plus d'un parc pour les sauts.
Pour s'y rendre, il faut monter dans une gondole vitrée sur une distance de 2 km dont le premier arrêt est à la première montagne : Goat's Eye Mountain. C'est dans cette montagne que sont les pistes les plus difficiles qualifiées d'extrême. Même Mat Bross a frenché un arbre tellement c'était difficile à faire du slalom.
La deuxième montagne s'appelle The Eagles. Pour être plus précis en terme de ski, la partie du haut de la montagne est appelée la DELIRIUM DIVE. Pour pouvoir y skier, ça prend un permis spécial. Il faut également avoir suivi un cours sur la prévention en cas d'avalanche et connaître la montagne. Dangereux, mais beaucoup de vidéos de ski extrême y ont été tournés. Nul besoin de vous dire que nous n'y sommes pas allés.
La troisième montagne était ma préférée, Lookout Mountain. Dans le chairlift, on nous annonce que nous traversons au BC et un avant de descendre, nous revenons en Alberta, c'est assez spécial. C'est dans cette montagne que nous pouvons utiliser la piste #27, la World Cup Downhill où les meilleurs skieurs de la coupe du monde descendent cette piste sans arrêter. Je l'ai descendu en slalom pour ralentir ma vitesse et j'avais beaucoup de difficulté à m'imaginer ces champions la descendre sans même oser ralentir un brin. Wow ! Gail (Kelly), pour la première fois, j'ai eu une vague sensation de ce que tu peux éprouver et je te fais parvenir toute mon admiration. Lookout Mountain contient également le ROGERS TERRAIN PARK. Un parc avec d'une vingtaine de jumps pour tous les niveaux. Chacun des sauts est identifié comme les grandeurs de vêtements (S, M, L et XL). Dans les trois premières descentes, j'ai fait les small qui donnent quand même de bonnes sensations. Chaque fois, j'observais les médiums. En fin d'après-midi, je me sentais bien préparé pour un médium en particulier. Je pourrais le décrire comme une vallée. Il faut avoir passablement d'élan pour traverser une vallée et atterrir dans l'autre versant. Je peux vous dire que c'est une belle adrénaline quand tu survoles cette petite vallée, mais le feeling est vraiment faible une fois traversée puisqu'on ne fait que tout simplement redescendre la pente de l'autre côté, donc sans danger, si tu as assez d'élan, sinon dans le trou.
La quatrième montagne est celle que nous avons fait dès 8h45 le matin, on l'appelle Mount Standish. Si tôt le matin, la poudreuse était sensationnelle ! Le shuffle de mon MP3 a encore une fois bien fait les choses puisque la première chanson qui est venue à mes oreilles est B.Y.O.B. du groupe System Of A Down. Dans le refrain, on peut entendre :
Everybody's going to the party have a real good time
Dancing in the desert blowing up the SUNSHINE
Les pentes les plus abuptes devenaient des pentes de ouates. Mat et moi avons descendu une pente d'environ 60 ou 65 degrés d'inclinaison. Dans une poudreuse, ça aussi c'est tout un trip !
Nous avons terminé notre journée vers 15h en descendant la piste #71 de la Goat's Eye, une piste familiale et facile. Nous cuisses étaient fatiguées et c'était bien en masse pour nous. Je crois que nous l'avons descendu pendant une vingtaine de minutes. J'ai eu le temps d'écouter trois chansons et la dernière que mon shuffle m'a donné est : OUBLIER, l'excellente nouvelle chanson du groupe NOIR SILENCE qui finissait merveilleusement bien ma journée.
L'imperfection de cette journée ? Les batteries gelaient rapidement et ma caméra devenait inutilisable en montagne. Donc peu de photos, mais deux belles tout de même. La première, une photo prise du sommet de Goat's Eye qui nous permet de voir à l'horizon les deux autres montagnes.

La deuxième Mathieu et Mélanie avant de prendre le chairlift pour Lookout Mountain.
Nous sommes retournés à Edmonton vers 15h30 et à 20h nous étions à la maison. Mat n'a pas osé revenir par la route des Glaciers. Banff-Calgary-Edmonton était vraiment la meilleure route.
À 21h, nous dormions tous les trois !
La grande victoire de l'imparfait (jour 3)
Dimanche 3 février, jour du 42e Super Bowl. Si les Red Sox de Boston et les Yankees de New York représentent la plus grande rivalité du baseball, ces deux mêmes villes ont délégué leur équipe de football pour s'affronter lors de l'ultime match entre les Giants de New York et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Ces derniers, fort d'une saison invaincue en 19 rencontres s'amenaient sur le terrain débordant de confiance.
C'est à l'université francophone d'Edmonton, le Campus St-Jean, en compagnie de mes fidèles colocs, que je suis allé regarder ce match destiné à la perfection d'une saison des Patriots. Sur écran géant à RDS même, l'ambiance était complète. Plusieurs partisans des Pats comme moi trop confiants de leur victoire sont repartis bredouille, à la grande joie des quelques fans des Giants. Une belle leçon d'humilité, mais surtout : Une jambette à l'histoire d'une saison parfaite. Un club de 12 victoires et 6 défaites qui bat un club de 19 victoires et 0 défaite m'oblige à titrer : La grande victoire de l'imparfait !
L'imperfection de cette journée ? La fiche des Patriots : 19 victoires et une seule défaite... celle au Super Bowl.
Canadiens-Nordiques... dans l'ouest (jour 4)
Lundi 4 février. Notre forfait de 3 parties des Oilers se termine par la bataille de l'Alberta. Nous avons assisté au match d'ouverture par une victoire des Oilers en fusillade contre les Sharks. En décembre, une autre victoire d'Edmonton encore en fusillade contre Vancouver et ses nombreux spectateurs. Pour notre dernier billet, rien de moins que LA RIVALITÉ : Flames Vs Oilers. Calgary Vs Edmonton. La métropole albertaine Vs La capitale albertaine. Mon fils Xavier me trouve chanceux puisque j'irai voir les Flames et leur super gardien de but #34 Mikka Kiprusoff.
Avant l'arrivée des deux clubs sur la glace, la foule est moitié rouge et l'autre moitié est bleue. Certains partisans calgaréens s'affichent en portant une perruque en forme de flamme.
Au jeu de lumière, les Oilers sont les premiers à sauter sur la patinoire à la grande joie de leurs partisans qui les acclament haut et fort. Puis, sous les hués tout aussi forts, les Flames font leur entrée. Ici, on aime détester les Flames. Ce qui est ironique, c'est que les deux grandes vedettes de Calgary, #12 Jarome Iginla et #3 Dion Phaneuf sont nés et ont grandi à Edmonton. Chaque fois qu'ils touchent à la rondelle, ils sont considérés comme des traites et sont hués par cette même foule qui les a admirés dans leur jeunesse. Cependant, ils sont des images de fierté albertaine et s'impliquent également dans la communauté edmontonoise.
Tout au long de la rencontre, les rouges crient très fort GO FLAMES GO et les bleus en rajoutent par-dessus avec le célèbre LET'S GO OILERS en frappant des mains. À maintes occasions, on entend la foule d'Edmonton scander : CALGARY SUCKS !
À l'annonce des joueurs qui débuteront la rencontre, le gardien #32 Mathieu Garon est celui qui reçoit la plus forte acclamation du public qui le voit maintenant comme celui qui a sauvé les Oilers d'une saison désastreuse. Il a aussi pris toute la place dans le cœur des enfants. Les élèves ne parlent que de lui.
Deux clubs albertains, donc deux clubs du Canada, donc un seul hymne national : Le Ô Canada. Il est chanté haut et fort avec fierté par les partisans des deux clubs. Si les deux clubs se détestent, l'unifolié vient les unir. Plusieurs ont la main sur le cœur en chantant.
L'imperfection de cette journée ? L'entraîneur des Flames ne fait pas jouer le gardien de Xavier, Mikka Kiprusoff. C'est plutôt le bon vieux CUJO, Curtis Joseph, qui a longtemps été lui-même gardien pour les Oilers. La foule le hue également, puisqu'il est maintenant du côté des méchants, en hurlant dérisoirement : CUJO, CUJO !
Bien que les Flames aient une excellente saison et que les Oilers ne feront pas les séries, ce sont ces derniers qui ont pris les devants avec un pointage de 1-0 après la première période et de 3-0 après deux périodes.
Voyant que les Flames ne pouvaient remporter ce match, ils ont donné un show en troisième période. Plusieurs bagarres ont éclaté et même les deux gardiens en sont presque venus au coup lorsque CUJO a traversé la patinoire pour aller rejoindre Garon qui n'aurait pas refusé l'invitation si les arbitres n'étaient pas intervenus. Tout ça à la grande joie des partisans qui manifestaient aussi intensément que la rivalité elle-même.
Le match s'est terminé 5-0 pour les Oilers et le célèbre NA NA NA HEY HEY GOODBYE que je n'avais pas entendu depuis des années, a refait surface dans les dernières secondes. Que je détestais cette chanson quand les Canadiens battaient les Nordiques, mais comme j'adorais la chanter quand Québec gagnait contre Montréal !
Une très belle soirée qui terminait bien notre trio avec une troisième victoire. Si les Oilers ont une saison de misère, Mat Bross, Mélanie et moi en tant que partisans avons une fiche parfaite de 3 victoires en 3 parties.
Après le match, dans les couloirs de l'aréna et à l'extérieur du Rexall Place, c'est l'humiliation d'avoir battu les Flames 5-0 qui retenaient l'attention des supporters des huileux.
Boooooom !!!!!!!
Pour terminer la semaine, jeudi 7 et vendredi 8 février, nous avions un colloque pour tous les enseignants albertains au Centre des congrès d'Edmonton. Comme il y a peu d'espaces de stationnement et qu'ils sont dispendieux, Mat Bross et moi avons pris le transport en commun. Vendredi matin, notre autobus est dans sa voix de droite. Je discute avec Mat dans les premiers bancs en avant et soudain nous entendons klaxonner notre autobus qui freine en même temps. BOOOOOM ! Il est trop tard. Un Econoline blanc qui devait faire son stop s'est fait frapper lourdement. Mon sac qui était sur mon banc à côté a revolé 3 ou 4 mètres plus loin et nous avons eu une forte secousse. Mat s'est même fait mal à la cuisse.
Notre chauffeur se retourne aussitôt pour voir si tous les passagers sont corrects. Seul Mat aura un ecchymose, bref un bon bleu.
Devant nous, c'est l'horreur. L'énorme pare-brise craqué de l'autobus nous permet de voir la camionnette blanche qui a changé de trajectoire de 90 degrés et qui a frappé la conductrice directement dans sa porte. L'efficacité du sac gonflable a heureusement permis à la dame d'épargner toute blessure. En larmes et effrayée, elle est rapidement sortie du côté du passager. Sans doute le choc nerveux et l'adrénaline lui empêchaient d'avoir mal, mais elle ne semblait pas blessée.
Calmement, nous sommes sortis de l'autobus et avons attendu le suivant dans un froid hivernal des plus secs.
Vive les sacs gonflables. Pour ce qui est de Mat Bross, ne vous en faites pas, il a la couenne dure et il s'en remettra.
Ce congrès m'a permis d'écouter une superbe conférence du médaillé d'or en natation sur le dos aux Jeux Olympiques de 1992 de Barcelone, Mark Tewksbury, originaire de Calgary. Au début de sa conférence, il a montré ses trois médailles qu'il a remportées dans divers épreuves : une de bronze, une d'argent et une d'or. Il les a fait circuler dans la foule.
Lorsque j'ai eu la médaille d'or des JO, je l'ai prise (assez lourde en passant) et j'ai osé me la mettre dans le coup 2-3 secondes. Un frisson m'a transpercé le corps entier. Je l'ai enlevée et remise pour continuer de la faire circuler. À la fin de sa conférence, nous avons vu cette course remportée par 6 centièmes de seconde et nous l'avons vu pleurer sur le podium en recevant la même médaille que je me suis mise dans le cou.
Il a ensuite essayé de nous expliquer ce que 6 centièmes de seconde pour signifier en longueur. Il a dit que s'il s'était coupé les ongles avant la course qu'il n'est pas certain qu'il aurait gagné... Thanks God, I didn't cut my nails, avait-il dit.
Bonne semaine de la St-Valentin dont cette journée sera également l'anniversaire de Mat Bross.
Celui qui ne court pas après la perfection car l'imperfection lui apporte de beaux moments privilégiés et qui sait les apprécier,
Luc

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