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Salut à toi, je suis Luc Dostie né à St-Joseph-de-Beauce. J'ai enseigné au primaire 5 ans à La Romaine, 4 ans à Montréal, 2 ans en Beauce et maintenant pour une 2e année à Edmonton, AB. Outre mon fils Xavier qui passera toujours premier, l'écriture est ma plus grande passion qui dérive de mon métier. J'avais l'habitude d'envoyer les messages ci-dessous par courriel et voilà que l'idée de créer un blogue m'est venue. Mon public cible est d'abord mes amis, celles et ceux à qui je veux informer de mon périple albertain. Celui qui te souhaite la plus sincère bienvenue sur cette page, Luc...........................................Greetings to you, I'm Luc Dostie born in St-Joseph-de-Beauce, QC. I taught Natives in La Romaine in grade 6 for 5 years, 4 years in Montreal and 2 years in La Beauce. Now I’m teaching in Edmonton, AB for a 2nd year.Besides my son Xavier who will always be first, writing is my biggest passion which derives from my job. I used to forward messages such as the ones below by email and then it occured to me, I could create a blog. Foremost I hope to inform my friends about my West Canadian adventure. The one who wishes you the most sincere welcome on this page, Luc

mercredi 10 octobre 2007

L'homme invisible

Salut les visibles du 400e,

Jeudi soir 19h, Marie-Claude et Steve ont un billet de trop pour aller au théâtre. La pièce s'intitule L'homme invisible / The invisible man. Le titre est bilingue car la pièce au complet est bilingue. Mon anglais actuel m'a permis d'être très à l'aise dans les deux langues. La pièce était tout simplement excellente.

En fait, j'ai fini par comprendre la pièce quelques heures après la dernière scène. L'homme invisible, c'est un peu moi quand je suis arrivé ici et encore en certaines occasions.

Dans cette histoire, l'homme invisible est un franco-ontarien né à Timmins en Ontario et qui vit en petite communauté francophone dans un milieu anglophone. Il se fond dans la masse anglaise. De plus, the invisible man est un anglophone ontarien qui vient vivre dans la francophonie de la ville de Québec. Il se fond lui aussi dans la masse, mais une masse française.

Comme ces deux personnages, je suis également l'homme invisible aux yeux de plusieurs edmontonois. Dans plusieurs activés que j'ai décrites dans les courriels précédents, je demeure très incognito pour les gens d'ici. Bien que mon anglais s'améliore de jour en jour, il n'en demeure pas moins qu'en certaines occasions, je me fais ma propre barrière de la langue et ma gêne de la langue anglaise me prive de certaines conversations plus élaborées avec des gens qui me demandent mon opinion sur certains sujets.

Ne vous en faites pas, c'est une réaction qui est tout à fait normale et je ne suis pas mal dans cette situation. Tous les francophones que j'ai rencontrés ont tous vécu l'invisibilité en maintes occasions avant de devenir visible.

Je pense à mes élèves en ce moment qui vivent l'anglais de tous les jours ainsi que le français à l'école depuis leur maternelle et qui arrivent à s'exprimer convenablement dans la langue de Molière. À 9 ans, ils sont aujourd'hui visibles dans les deux langues. Cette semaine, nous avons reçu une spécialiste en insectes dans la classe et la présentation était uniquement en anglais (difficile de trouver des spécialistes en français) et j'ai dû m'adapter rapidement à la langue puisque c'est moi qui donnais le support. Bien que les enfants sont tous meilleurs que moi dans la langue de Shakespeare, ils m'ont trouvé très bon et c'est très flatteur. La spécialiste avait des 1000 pattes de 30 cm de long et 5 cm de large (752 pattes pour être précis). C'est gros en tabouère. Ça prend les deux mains pour le tenir. Beaucoup d'autres insectes de ce genre fort impressionnant comme des coquerelles de 7 à 8 cm.

Un moment donné, la spécialiste m'a demandé de lui donner le plat qui contenait des sangsues blanches (whites leechs) et je lui ai donné des feuilles blanches (whites leaves). J'aurais voulu être invisible quand les élèves ont remarqué mon erreur flagrante.

Néanmoins, je me suis rendu compte qu'il était possible d'être et de rester invisible par choix à travers tout le Canada anglais et de faire sa vie en français. Il y a plusieurs communautés francophones dans chacune des 9 provinces anglaises. Le Nouveau-Brunswick s'affiche lui-même bilingue, le nord de l'Ontario est très francophone. Le français, bien que méprisé par une très légère minorité, est très à la mode ici. Parler français, c'est in.

Quand je vais dans des endroits fréquentés par des invisibles francophones, j'ai toujours l'impression qu'ils proviennent tous du Québec, mais je reste toujours surpris de voir qu'il y a des invisibles francophones de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan et même de l'Alberta. Pour certains, mon anglais est meilleur qu'eux...

Vendredi soir, l'homme invisible en moi avait plusieurs options, mais j'ai choisi la fidélité. Un roumain d'adoption, Lucian Bute, a rempli le Centre Bell de Montréal sous les acclamations de la foule largement francophone venu appuyer l'ancien invisible qui a pris le temps d'apprendre le français et de s'y exprimer convenablement. Bien qu'il soit né et éduqué en Roumanie, il n'en demeure pas moins que j'avais la véritable impression d'encourager un québécois pure laine. Il ne m'a pas déçu et est devenu champion du monde de boxe. Une belle personnalité, à l'image de son patron Éric Lucas, pour redonner une belle image à ce sport qui est devenu plus technique que violent. Bravo Lucian, tu es un grand champion international de... boxe.

Samedi, j'ai apporté mon invisibilité jusqu'au parlement provincial, the Alberta's Legislature Building. Ayant visité l'Hôtel du parlement de Québec et celui du Canada à Ottawa, je suis fier de constater que le plus beau demeure encore à mes yeux celui de Québec. L'Histoire, les nations diverses, la culture et l'honneur ont une aussi grande importance que la politique, ce que je n'ai pas découvert autant ici. Mais c'est un parlement d'une grande classe, riche en architecture et cette jeune province (1905) créé présentement son histoire et l'affiche fièrement. Si le PQ et les Libéraux se sont partagés le pouvoir dans les dernières décennies, les Conservateurs provinciaux sont à la tête du pouvoir depuis le début des années 70 et par une très grande majorité dans chacune des élections. Si Jean Charest, André Boisclair ou Mario Dumont sont des sujets de conversations, ici c'est le grand respect. Ralf Klein (ancien premier ministre) est adulé. Les gens parlent peu ou pas de politique car ils sont satisfaits.


Un fait cocasse qui représente beaucoup, ma guide (Josée avec un accent aigu sur le E) m'a fait savoir qu'elle venait de Lac-Etchemin près de la Beauce. Son accent cassé francophone m'aurait fait complètement ignorer son origine de Chaudière-Appalaches si elle ne me l'avait pas mentionné. Bien qu'elle m'ait offert le français, je lui ai répondu : ' Non merci, je préfère l'invisibilité. Continue en anglais'. Après tout, je suis en train de devenir visible.

J'ai laissé mon invisibilité dans l'auto et je me suis fait visible au dernier match de la saison des Golden Bears. C'est en compagnie de Grant que nous avons passé la partie à converser dans la langue de Shakespeare. Nos ours d'or ont subi une cuisante défaite aux mains des puissants Huskies de la Saskatchewan (tu m'as pris ma femme). Toutefois, après avoir vu tous les clubs de la ligue, je considère les Bisons du Manitoba comme étant l'équipe à battre dans l'ouest. Rouge et Or contre Bisons serait très excitant. Mon cœur pencherait cette fois pour les représentants de l'Ouest.

Un samedi soir bien tranquille, car un gros dimanche m'attendait. D'abord une ronde de golf en compagnie de Martin, concierge de notre école, au Riverside Golf Club, sur le bord de la rivière North Saskatchewan. Du golf en octobre, c'est aussi motivant que le grand retour de Mike Weir (qui est aussi vénéré que Tiger Woods ici). Une belle ronde d'exactement 100 pour moi et de 103 pour Martin. Terrain très large et peu de fosses de sables.

Dimanche soir, une belle soirée sans le grand méchant loup. Comme le dit la chanson pour enfant :
Promenons-nous dans le bois
Pendant que le loup n'y est pas
Si le loup y était
Il nous mangerait...

Le grand méchant loup, c'est la langue anglaise. Les petits moutons, ce sont nous les francophones. Une soirée toute francophone avec le groupe du Québec, Les Trois Accords. Une première soirée dans un bar avec aucun mot anglais. Aucun mot anglais n'a également été prononcé par le groupe. C'était leur dernier spectacle d'une tournée d'un an et demi et ils ont donné tout un show. Moi qui croyait aller voir un groupe dans une salle plus que vide a rapidement constaté que le bar était plein à craquer. Le grand méchant loup anglo parti, plus de 1000 petits moutons franco se sont amusés. Très belle ambiance et la foule ne chantait pas les chansons, la foule gueulait les chansons, au grand plaisir des 3 accords qui n'en revenaient pas d'un accueil aussi chaleureux et ils nous le l'ont bien rendus par leur présence sur scène. Grand Champion International de Course, Lucille, Tout Nu sur la Plage, Hawaïenne et la toute dernière Pièce-de-Viande ont été de grands moments de la soirée. Saskatchewan a été chantée mot à mot par la foule. Seuls les instruments nous accompagnaient.


Apparaissant sur la photo :
1re rangée : Jessy, Éloïse, Moi, Danielle et Réal
2e rangée : Les 3 Accords que l'on voit très bien avec Alexandre Parr, Simon Proulx et Olivier Benoît.

Bonne semaine à tous !

Celui qui est de plus en plus visible dans la langue de Shakespeare, mais qui est l'homme invisible aux yeux d'un grand garçon de 6 ans... depuis 4 mois déjà,

Luc

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